Feux d’immeubles, comment les détecter à temps?
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Feux d’immeubles, comment les détecter à temps?
Ces derniers mois, plusieurs feux dramatiques d’immeubles à Paris (le 15 avril, les 26 et 29 août 2005) ont causé 48 morts et de nombreux blessés. Sans oublier le drame humain évident, les réflexions qui suivent sont surtout orientées vers la prévention. Avec le recul, nous pouvons étudier des aspects qui, pour les proches des victimes, resteront douloureux, mais qui permettront peut-être d’éviter que de telles situations ne se répètent.
Texte > cdt Jean-François Becker, Sdis 59
Les grands feux d’immeubles sont spectaculaires et, surtout, dramatiques par leur bilan : en 6 mois, 48 personnes sont mortes ainsi à Paris. Mais n’oublions pas qu’il y a chaque jour des drames similaires, plus petits en nombre de victimes et moins couverts par les médias et les hommes politiques, car ils surviennent hors de Paris. Ainsi, ce sont 800 personnes qui meurent chaque année dans des incendies en France.
Il convient tout d’abord de se renseigner sur chaque sinistre : son origine, son développement, ainsi que sur les raisons pour lesquelles il n’a pas été perçu à temps par les occupants. Il paraît utile dans ces réflexions techniques de tenter une réponse aussi bien aux plus petits accidents multiples et répétitifs qu’à ce qui fait la Une des journaux.
Une réflexion s’impose d’emblée : la pose de détecteurs permettrait d’épargner la plupart de ces vies. Mais soulignons le fait que les détecteurs autonomes sont adaptés à un logement privé ; ils ne sont donc pas vraiment conçus pour des immeubles collectifs (voir aussi article suivant).
Il arrive qu’ils y sauvent des vies, mais ils ne peuvent pas suffire à suppléer un défaut de protection (comme les séparations coupe-feu par exemple). Par ailleurs, leur efficacité dépend de multiples critères (position, entretien, feu à envisager).
Il faudrait regarder au cas par cas l’utilité d’un détecteur en haut de la cage d’escalier. Pour cela, il faut d’abord s’assurer qu’il restera en place et que sa pile sera renouvelée (chaque année de préférence). Ensuite, s’il sonne, sera-t-il entendu d’un logement ? Sera-t-il assez précoce ? Il faut à cet effet choisir un détecteur ionique (et non optique : la fumée tarde à l’atteindre). Par ailleurs, si le feu démarre dans la cage d’escalier, l’alarme sera rapide. En revanche, s’il se développe dans un appartement, le détecteur de cage d’escalier ne sera activé que lorsque la porte palière s’ouvrira ou sera traversée par des fumées. Pour le sinistre de l’immeuble dans le quartier du Marais par exemple (le 29 août), on dit qu’il y avait de temps en temps des fumées (dues à des surintensités dans les installations électriques). Si c’est vrai, elles auraient déclenché un détecteur et il est vraisemblable alors que cet appareil aurait été neutralisé.
En tout état de cause, pour du logement collectif, on doit préférer une installation complète qui combine plusieurs têtes détectrices reliées à une centrale, une alarme et des sirènes bien réparties. Elle implique un contrôle et un entretien annuels. Mais le prix est bien plus important, voire prohibitif, dès l’installation, puis en exploitation. Et comment gérer les alarmes intempestives ?
Par ailleurs, il faut préciser que les extincteurs ne servent à rien s’ils ne sont pas précédés par une détection précoce. Ils ne sont utiles que si quelqu’un sait s’en servir et qu’il est averti précocement (et pas trop souvent : il se lasserait, et la recharge d’un extincteur coûte cher).
Un extincteur a une faible efficacité : il manque de puissance, il lui faut une minute pour être vidé ! Ce sont donc plutôt les détecteurs qui sont un outil précieux pour se protéger du feu. De plus, ils ne sont pas chers à l’achat ni en entretien.
Le problème des issues de secours
Autre constatation : l’existence d’issues de secours dans des immeubles d’habitation est rare en France (hormis dans les hôtels). Elle n’est utile que lorsque le chemin d’accès ordinaire n’est pas protégé du feu. Le fait qu’il y a des victimes impose le respect de points de vues très différents, mais peu correspondent à une approche préventive qui réduirait le risque. La plupart des commentaires entendus à la télévision après les sinistres récents sont partiaux, puisqu’ils émanent de groupes qui défendent leurs propres intérêts, qu’ils soient politiques ou commerciaux.
Il est important de relever aussi dans ce cadre qu’en soi, le scénario « feu » n’a rien à voir avec la salubrité : partout, les incendies qui se déclarent de nuit – et particulièrement entre une heure et trois heures du matin – sont les plus meurtriers. Ils correspondent à un feu qui a couvé, chauffé, émis des gaz imbrûlés, accumulé de la chaleur et des fumées sans que les habitants en prennent conscience à temps. Ils surviennent aussi dans des maisons particulières.
Mais il y a tout de même des facteurs aggravants lorsque les occupants sont en difficulté sociale : l’installation électrique est souvent surchargée ou bricolée. De plus, on cuisine sur des installations de fortune, la literie est légère (inflammable) et empilée, les paliers sont encombrés de matériaux combustibles, la densité d’occupation est forte, les escaliers sont étroits, les conflits de voisinage sont exacerbés et les enfants sont parfois peu surveillés.
Les incendies meurtriers en immeuble frappent l’opinion parce qu’ils sont gros et ont souvent lieu dans des grandes agglomérations. Mais, comme nous le disions en préambule, la plupart des victimes de feux d’habitation surviennent dans des sinistres dont on parle peu (si ce n’est en presse régionale), souvent des feux de maisons particulières. L’effet d’annonce est tout de même important : en Allemagne, c’est suite à des feux dans des immeubles d’immigrés (comme cette année à Paris) que s’est mise en place, il y a 10 ans, une campagne pour implanter des détecteurs de fumée. L’initiative en revenait à des sapeurs-pompiers. Le résultat est aujourd’hui probant.
Ainsi, les récents feux à Paris seraient une occasion de mieux parler des détecteurs. Même si ce n’est pas dans les immeubles qu’ils ont leur efficacité optimale, ils y auraient un rôle positif : d’abord celui de rassurer les habitants sur le fait qu’ils seront prévenus avant que la cage d’escalier ne devienne impraticable. Depuis près de 10 ans déjà, des sociétés HLM à Rennes et à Niort ont entrepris d’équiper de détecteurs des logements en immeubles. Pour ce qui concerne l’habitat individuel, des campagnes d’information auprès des particuliers ont eu lieu dans ces mêmes régions, ainsi qu’à Lyon et à Moulins, et également auprès des sapeurs-pompiers, dans le Nord notamment.
Texte > cdt Jean-François Becker, Sdis 59
Les grands feux d’immeubles sont spectaculaires et, surtout, dramatiques par leur bilan : en 6 mois, 48 personnes sont mortes ainsi à Paris. Mais n’oublions pas qu’il y a chaque jour des drames similaires, plus petits en nombre de victimes et moins couverts par les médias et les hommes politiques, car ils surviennent hors de Paris. Ainsi, ce sont 800 personnes qui meurent chaque année dans des incendies en France.
Il convient tout d’abord de se renseigner sur chaque sinistre : son origine, son développement, ainsi que sur les raisons pour lesquelles il n’a pas été perçu à temps par les occupants. Il paraît utile dans ces réflexions techniques de tenter une réponse aussi bien aux plus petits accidents multiples et répétitifs qu’à ce qui fait la Une des journaux.
Une réflexion s’impose d’emblée : la pose de détecteurs permettrait d’épargner la plupart de ces vies. Mais soulignons le fait que les détecteurs autonomes sont adaptés à un logement privé ; ils ne sont donc pas vraiment conçus pour des immeubles collectifs (voir aussi article suivant).
Il arrive qu’ils y sauvent des vies, mais ils ne peuvent pas suffire à suppléer un défaut de protection (comme les séparations coupe-feu par exemple). Par ailleurs, leur efficacité dépend de multiples critères (position, entretien, feu à envisager).
Il faudrait regarder au cas par cas l’utilité d’un détecteur en haut de la cage d’escalier. Pour cela, il faut d’abord s’assurer qu’il restera en place et que sa pile sera renouvelée (chaque année de préférence). Ensuite, s’il sonne, sera-t-il entendu d’un logement ? Sera-t-il assez précoce ? Il faut à cet effet choisir un détecteur ionique (et non optique : la fumée tarde à l’atteindre). Par ailleurs, si le feu démarre dans la cage d’escalier, l’alarme sera rapide. En revanche, s’il se développe dans un appartement, le détecteur de cage d’escalier ne sera activé que lorsque la porte palière s’ouvrira ou sera traversée par des fumées. Pour le sinistre de l’immeuble dans le quartier du Marais par exemple (le 29 août), on dit qu’il y avait de temps en temps des fumées (dues à des surintensités dans les installations électriques). Si c’est vrai, elles auraient déclenché un détecteur et il est vraisemblable alors que cet appareil aurait été neutralisé.
En tout état de cause, pour du logement collectif, on doit préférer une installation complète qui combine plusieurs têtes détectrices reliées à une centrale, une alarme et des sirènes bien réparties. Elle implique un contrôle et un entretien annuels. Mais le prix est bien plus important, voire prohibitif, dès l’installation, puis en exploitation. Et comment gérer les alarmes intempestives ?
Par ailleurs, il faut préciser que les extincteurs ne servent à rien s’ils ne sont pas précédés par une détection précoce. Ils ne sont utiles que si quelqu’un sait s’en servir et qu’il est averti précocement (et pas trop souvent : il se lasserait, et la recharge d’un extincteur coûte cher).
Un extincteur a une faible efficacité : il manque de puissance, il lui faut une minute pour être vidé ! Ce sont donc plutôt les détecteurs qui sont un outil précieux pour se protéger du feu. De plus, ils ne sont pas chers à l’achat ni en entretien.
Le problème des issues de secours
Autre constatation : l’existence d’issues de secours dans des immeubles d’habitation est rare en France (hormis dans les hôtels). Elle n’est utile que lorsque le chemin d’accès ordinaire n’est pas protégé du feu. Le fait qu’il y a des victimes impose le respect de points de vues très différents, mais peu correspondent à une approche préventive qui réduirait le risque. La plupart des commentaires entendus à la télévision après les sinistres récents sont partiaux, puisqu’ils émanent de groupes qui défendent leurs propres intérêts, qu’ils soient politiques ou commerciaux.
Il est important de relever aussi dans ce cadre qu’en soi, le scénario « feu » n’a rien à voir avec la salubrité : partout, les incendies qui se déclarent de nuit – et particulièrement entre une heure et trois heures du matin – sont les plus meurtriers. Ils correspondent à un feu qui a couvé, chauffé, émis des gaz imbrûlés, accumulé de la chaleur et des fumées sans que les habitants en prennent conscience à temps. Ils surviennent aussi dans des maisons particulières.
Mais il y a tout de même des facteurs aggravants lorsque les occupants sont en difficulté sociale : l’installation électrique est souvent surchargée ou bricolée. De plus, on cuisine sur des installations de fortune, la literie est légère (inflammable) et empilée, les paliers sont encombrés de matériaux combustibles, la densité d’occupation est forte, les escaliers sont étroits, les conflits de voisinage sont exacerbés et les enfants sont parfois peu surveillés.
Les incendies meurtriers en immeuble frappent l’opinion parce qu’ils sont gros et ont souvent lieu dans des grandes agglomérations. Mais, comme nous le disions en préambule, la plupart des victimes de feux d’habitation surviennent dans des sinistres dont on parle peu (si ce n’est en presse régionale), souvent des feux de maisons particulières. L’effet d’annonce est tout de même important : en Allemagne, c’est suite à des feux dans des immeubles d’immigrés (comme cette année à Paris) que s’est mise en place, il y a 10 ans, une campagne pour implanter des détecteurs de fumée. L’initiative en revenait à des sapeurs-pompiers. Le résultat est aujourd’hui probant.
Ainsi, les récents feux à Paris seraient une occasion de mieux parler des détecteurs. Même si ce n’est pas dans les immeubles qu’ils ont leur efficacité optimale, ils y auraient un rôle positif : d’abord celui de rassurer les habitants sur le fait qu’ils seront prévenus avant que la cage d’escalier ne devienne impraticable. Depuis près de 10 ans déjà, des sociétés HLM à Rennes et à Niort ont entrepris d’équiper de détecteurs des logements en immeubles. Pour ce qui concerne l’habitat individuel, des campagnes d’information auprès des particuliers ont eu lieu dans ces mêmes régions, ainsi qu’à Lyon et à Moulins, et également auprès des sapeurs-pompiers, dans le Nord notamment.











